Ne vous êtes-vous jamais posé la question de quand votre travail sera remplacé par une intelligence artificielle ?
N'avez-vous pas passé quelques heures à avoir peur de cette éventualité ?
A vous demander dans quel métier vous pourriez vous reconvertir ?
De mon côté, oui.
L'IA est une technologie qui imite la pensée des humains, lui permettant de résoudre les problèmes, de reconnaître les modèles et de prendre des décisions.
Et cette technologie n'a rien de nouveau.
La recherche a commencé dans les années 1950, et la mathématicienne Ada Lovelace discutait de la question de savoir si les « ordinateurs » pouvaient créer des œuvres originales dès 1843.
Cependant, aujourd'hui, c'est différent.
Le 30 novembre 2022, le mot IA est revenu en force sur le devant de la scène avec la sortie de ChatGPT.
ChatGPT est l'agent conversationnel propulsé par des algorithmes d'intelligence artificielle de la société OpenAI.
En moins de 2 mois, le chatbot a rassemblé 100 millions d'utilisateurs, devenant ainsi l'application d'internet qui a connu la plus grosse croissance depuis le début du web.
Ce succès magistral a rappelé au grand public que le domaine de l'intelligence artificielle fait des progrès fulgurants.
Désormais, une IA peut « lire », écrire des poèmes, synthétiser des textes, traduire, trouver des idées, et bien plus encore.
Les tâches de raisonnement, d'écriture et d'analyse, auparavant réservées à l'humain, sont potentiellement automatisables par l'intelligence artificielle.
Autrement dit, les IA d'aujourd'hui automatisent le travail de l'esprit.
Pire, les nouvelles technologies d'IA générative touchent directement les professionnels du domaine tertiaire, piliers de nos démocraties occidentales.
Il n'en fallait pas moins pour relancer le débat sur la fin du travail.
Mais qu'en est-il vraiment ?
Ingénieur et formateur en IA générative pour les entreprises, je suis de près l'avancée de ces nouvelles technologies d'IA.
J'ai passé 3 jours entiers à lire, discuter avec des chercheurs, recueillir des avis pour répondre à la question : la fin du travail est-elle pour bientôt ?
Pour y répondre, je vous propose de :
- vous présenter ce qui est possible de faire avec l'IA aujourd'hui.
- discuter les arguments des économistes et des prospectivistes qui disent que l'IA et la robotique assureront demain seules les fonctions productives et prévoient une société sans emploi.
- éclaircir leurs arguments pour en montrer les limites.
- voir que l'IA et la robotique vont changer profondément la façon dont on travaille et que cela nécessitera des mesures politiques : au niveau de l'état, au niveau des entreprises et au niveau supranational.
- conclure en donnant une opinion personnelle qui n'engage que moi.
Chapitre 1 : Ce que nous savons aujourd'hui de l'impact de l'IA sur le monde du travail
GPT-4 est le nom du modèle d'intelligence artificielle générative de texte le plus avancé au moment où j'écris ces lignes.
Son fonctionnement est le suivant : vous lui envoyez une instruction écrite (prompt) comme si vous parliez à un ami et la machine vous répond en prédisant mot à mot de la manière la plus probable.
A – Les 3 effets de GPT-4 sur le travail aujourd'hui
Nous pouvons déjà tirer 3 solides conclusions sur l'impact de GPT-4 sur le travail :
1 – L'IA augmente la performance globale sur des tâches complexes au travail
Le professeur Ethan Mollick a mené avec des collègues une étude contrôlée à grande échelle. Le professeur a étudié l'impact de l'IA sur des consultants du Boston Consulting Group.
Les consultants qui utilisaient GPT-4 ont :
- accompli 12,2 % de tâches de plus en moyenne
- 25,1 % plus rapidement
- 40 % plus qualitativement que ceux qui n'utilisaient pas le chatbot.
2 – Les effets sont plus grands sur les employés les moins performants (pour le moment)
Les IA actuelles font du bon travail elles-mêmes. Elles nivellent donc vers le haut le travail des employés les moins performants qui les utilisent.
3 – L'IA est meilleure à certaines tâches qu'à d'autres
L'IA est excellente à certaines tâches qui semblent difficiles pour les humains. Elle est mauvaise dans des tâches qui semblent faciles.
B – Les impacts sur le marché du travail
I – L'IA supprime des emplois
Goldman Sachs estime que 300 millions de jobs seront perdus ou dégradés par les technologies d'IA générative.
Selon le FMI, l'IA pourrait avoir un impact sur 40 % des emplois dans le monde, et notamment dans les pays développés.
II – L'IA crée aussi des emplois
La startup Mistral AI, récemment créée en France, embauche à tour de bras. Mon métier de formateur n'existait pas il y a un an.
III – Les routiers au chômage avec les véhicules autonomes ?
L'histoire des routiers américains montre que l'automatisation prend du temps et crée souvent plus d'emplois qu'elle n'en supprime.
C – L'IA n'est pas encore capable de remplacer les humains sur toutes les tâches
L'IA rebat les cartes, supprimant certains emplois et en créant de nouveaux. En 1940, 60 % des jobs qui existent aujourd'hui n'existaient pas.
Chapitre 2 : Et si une IA super-puissante remplaçait tous nos emplois ?
Sam Altman, patron d'OpenAI, désire créer l'AGI : l'artificial general intelligence.
A – La conscience de l'IA : réalité ou mythe ?
I – Réalité
L'informaticien Stuart Russell pense qu'il pourrait être possible de créer des machines conscientes par accident.
II – Mythe
Le neurobiologiste Antonio Damasio pense qu'il est impossible pour une machine de devenir consciente sans un corps. C'est la thèse de la cognition incarnée.
B – Ce que disent 2778 chercheurs en IA sur la super-intelligence
Une grande enquête a interrogé 2778 chercheurs en IA de premier plan.
Selon le panel, la probabilité que toute profession devienne entièrement automatisable devrait atteindre 10 % d'ici 2037, et 50 % jusqu'en 2116.
Chapitre 3 : Pourquoi les humains sont uniques
A – La machine ne choisit pas
Les modèles de génération de texte d'aujourd'hui ne font que prédire mot à mot la réponse la plus probable à votre demande, sans avoir conscience de leur réponse.
B – La machine n'a pas de bon sens
Pour Yann Le Cun, l'IA n'a pas de sens commun, c'est-à-dire qu'elle ne dispose pas d'un modèle de représentation du monde indépendant d'une tâche donnée.
C – Le paradoxe de Polanyi
David Autor fait référence à l'observation de Karl Polanyi : « Nous savons davantage que ce que nous pouvons exprimer. »
Plus une tâche sera difficile à décomposer, moins elle pourra être prise en charge par un robot.
D – Le sens commun manque cruellement à l'IA
Le sens commun est une fonction liée à notre homéostasie biologique. Ce sens commun échappe par essence à la capacité de calcul de l'IA.
Le test pour savoir si votre emploi est à risque porte donc moins sur la répétition que sur le sens commun.
Chapitre 4 : Comment s'adapter à l'ère de l'IA ?
A – Au niveau des gouvernements
Robert Atkinson prône l'optimisme et lutte contre la robophobie. Pour lui, la technologie génère des emplois, pas l'inverse.
B – Les entreprises technologiques
Google et OpenAI ont pour rôle d'assurer la sécurité de leur modèle d'intelligence artificielle.
C – Législation supranationale
L'Acte sur l'intelligence artificielle (AI Act) de l'Union européenne représente un cadre législatif visant à réglementer le développement et l'utilisation de l'IA.
Chapitre 5 : La fin du travail est-elle pour bientôt ?
Je crois que la fin du travail n'est pas pour bientôt. Mais une mutation du travail profonde a déjà commencé.
1 – « Nous surestimons les effets à court terme de la technologie, mais sous-estimons les effets à long terme. »
2 – Je ne crois pas en l'émergence de la conscience sans corps.
3 – L'humain trouvera toujours une manière de « travailler ».
Pour le meilleur et pour le pire, nous avons besoin de nos labeurs. Pour échapper à la pensée lancinante de la mort, nous trouverons toujours des biens à produire et des services à rendre.
Conclusion
Les stoïciens nous recommandaient déjà il y a 2000 ans de faire le tri entre ce sur quoi nous avons prise et ce sur quoi nous n'avons pas prise.
Je peux ouvrir ChatGPT aujourd'hui et le tester pour voir comment je peux l'utiliser dans mon travail.
« Savoir n'est pas assez, il faut appliquer. Vouloir n'est pas assez, il faut faire. »
Alors allez-y, passez à l'action, testez ces nouveaux outils.
Embrassez la mentalité d'explorateur des femmes et des hommes qui, malgré la peur, le doute et l'inconfort, avancent.